500 ans de Valbonne

Auteur: 

Louis-Marc Thomy
Portrait de Louis-Marc Thomy

500 ans de Valbonne

Homélie du Père Louis-Marc Thomy pour la fête de St Blaise

27 janvier 2019

 

L’Evangile d’aujourd’hui nous invite à retourner aux sources : dans son introduction, Luc nous confie son intention, en se lançant dans la rédaction de son Evangile : « Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus » Luc 1,1-4.

 

Luc, qui est un disciple de Paul, lui qui n’a pas connu directement Jésus dans sa vie terrestre, a donc pris soin de se renseigner avec précision auprès de ceux qui ont vu Jésus de leurs propres yeux, qui sont des témoins directs de sa vie, et qui sont devenus ensuite des "serviteurs de la Parole". Il a très certainement écouté longuement Marie qui lui a raconté les récits de l’enfance de Jésus, et d’autres disciples proches de Jésus…

Et il a décidé d’en écrire un exposé suivi, cohérent, complet pour qui ? pour un certain Théophile : il est probable que cette manière de parler nous désigne tous : nous sommes tous des Théophile : aimés de Dieu, afin que nous nous rendions bien compte de la solidité des enseignements que nous avons entendus…

 

Nous pouvons rendre grâce au Seigneur pour Luc, pour son désir et son travail de transmission. Sans lui, et sans les autres évangélistes, comment pourrions-nous connaitre la vie et le message de Jésus ?

 

Oui, rendons grâce pour ces 1ers témoins, ces 1ers transmetteurs de l’Evangile. Le mot le plus important de ce début d’Evangile est sans doute le mot : transmis, transmission, transmetteur.

 

Aujourd’hui, nous fêtons Saint Blaise, le saint patron de notre église. Comme Luc, c’était un médecin. Il a vécu au 3ème / 4ème siècle à Sébaste en Arménie, il est devenu évêque par acclamation du peuple, et il est mort martyr en 316 sur ordre du gouverneur de Cappadoce. Nous pouvons rendre grâce pour Saint Blaise et les nombreux martyrs qui nous ont aussi transmis la foi à travers les siècles jusqu’à notre époque. Vous savez que le 20ème siècle a été, de toute l’histoire de l’Eglise, le siècle où il y a eu le plus de martyrs. Je pense aux tout derniers martyrs victimes de la brutalité de Daech, par exemple : les 21 martyrs coptes égyptiens exécutés le 15 février 2015 sur une plage de Syrte en Lybie par des miliciens de l’état islamique. La vidéo de cette mise en scène macabre fut diffusée sur les réseaux de propagande du groupe terroriste. On y voit ces chrétiens à genoux sur la plage qui murmurent le nom de Jésus, ou bien : Père Pardonne-leur… juste avant de mourir. Ces 21 martyrs ont été canonisés par l’Eglise copte et leur mémoire est célébrée chaque 15 février dans les Eglises coptes de Lybie, d’Egypte et de Jordanie. Oui, nous pouvons rendre grâce à Dieu pour ces témoins qui sont restés fidèles à leur foi jusqu’au bout, en pardonnant comme Jésus.

 

Nous pouvons être pleins de gratitude pour tous ceux qui nous ont transmis leur foi, selon le mot de Saint Luc. En cette année où nous fêtons les 500 ans du village de Valbonne, je pense aussi aux 1ers moines de l’abbaye chalaisienne de Prads qui vinrent fonder en 1199 l’abbaye Sainte Marie de Valbonne. Ces moines n’étaient pas d’abord de grands intellectuels, ils n’étaient pas issus de la noblesse, comme Saint Bernard, c’était plutôt des montagnards, des gens simples, peut-être un peu frustes, mais ils étaient réputés pour leur ferveur, ils incarnaient le monachisme primitif dans toute sa pureté, contrairement à d’autres abbayes à l’époque qui avaient tendance à s’enrichir et à s’éloigner de la radicalité de l’Evangile. Ces 1ers moines nous ont eux aussi transmis quelque chose de leur foi ici. Ils construisirent l’abbaye et l’église, sur le même plan que l’abbaye mère de Boscodon, d’une manière très sobre : pas d’ornement, pas de sculptures. Les chalaisiens, comme les cisterciens, se voulaient austères. Tout devait conduire, dans la vie, et dans l’architecture, au recueillement, comme nous le constatons dans notre église. Leurs journées sont rythmées par la prière et le travail. Entre 1h et 2h, ils se lèvent de leur paillasse dans le dortoir commun, et ils participent à l’office des matines. Ensuite, de 2h à 3h30, ils se reposent. De 3h30 à 4h30, c’est l’office des Laudes. 4h30 jusqu’à 6h, de nouveau le repos. De 6h à 6h30, c’est l’office de prime, suivi d’une réunion des moines dans la salle du chapitre. On lit un chapitre de la règle et on se distribue le travail de la journée. De 7 à 9h, chacun se rend sur son lieu de travail jusqu’ à l’office de Tierce. Le midi, on mange ensemble, en silence, dans le réfectoire, du pain et des légumes, jamais de viande, parfois du poisson (des carpes ou des truites) pêchées, non dans la Brague, mais dans un grand réservoir qu’ils avaient construit à l’emplacement du pré de l’hôtel de ville…

L’après-midi alterne de la même manière offices et travail jusqu’à l’heure du coucher vers 20h.

Avec des hauts et des bas, au long des siècles, ces moines ont habité ce lieu de leur prière.

… jusqu’à 1519 où Dom Antoine Taxil, prieur de la communauté, décide de créer de toute pièce le village de Valbonne. Ce Dom Taxil semble avoir eu une personnalité sympathique. Il a laissé l’image d’un homme entreprenant, réaliste et précis, un homme sage, avisé, un bon moine, quelque peu médecin à ses heures perdues. Dans un de ses livres, il recommande des médecines naturelles, des plantes bonnes pour la santé : des tisanes ou des pommades de sauge, il loue les vertus du romarin. Il se serait sans doute bien retrouvé dans l’encyclique du pape François Laudato Si sur l’écologie ! C’était un homme humble et il aimait les pauvres. En 1526, il fut blâmé par le chancelier de Lérins parce qu’il avait demandé une pension de 600 florins à la population, pension beaucoup trop modeste aux yeux des gens de Lérins.

 

Je ne reviendrai pas sur le détail de la construction du village. L’acte d’habitation a été signé près de l’hospice de Valbonne, cette maison où les moines recevaient les pèlerins, les voyageurs et les malades. C’était alors la seule maison en dur en dehors de l’abbatiale ; un des moines de l’abbaye, dont c’était la mission, s’en occupait. On retrouve ici la belle tradition de l’hospitalité si importante dans la règle monastique de Saint Benoit. Cette belle tradition du soin des pauvres et de l’hospitalité qu’on retrouve par exemple à Tibhirine, en Algérie, avec frère Luc, moine et médecin, qui recevait jusqu’à 100 personnes par jour pour les soigner et les écouter.

 

Prière, travail, hospitalité, 3 mots, 3 fondements communs à ces centaines de monastères qui ont défriché des forêts, évangélisé et créé tant de villages et de paroisses à travers toute l’Europe ! Oui, les moines, les saints, ceux qui sont connus et la multitude de ceux qui ne sont connus que de Dieu seul, nous ont transmis la bonne nouvelle de l’Evangile. Dans la synagogue de Nazareth, Jésus lit le passage du prophète Isaïe : l’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres… Malgré ses faiblesses et ses creux de vagues, l’Eglise a poursuivi l’œuvre de son Seigneur. Peut-on compter tous les hôpitaux, les hôtels-Dieu comme on disait autrefois, qu’elle a créés, les orphelinats, les léproseries, les dispensaires ? Que l’on pense à Saint Vincent de Paul, au Père Damien ou au Père Raoul Follereau en cette journée mondiale de lutte contre la lèpre, que l’on pense à cette initiative géniale de l’Eglise au Moyen-âge : la trêve de Dieu portée entre autres par les abbayes clunisiennes pour suspendre les conflits armés pendant tous les temps liturgiques (avent, carême, temps pascal et autres fêtes) afin de rendre impossible toute grande entreprise militaire au long de l’année. Si l’on pouvait appliquer cette règle aujourd’hui, cela soulagerait beaucoup de pays en proie à la violence ! Que l’on pense de nos jours au travail de l’ACAT : action des chrétiens pour l’abolition de la torture, qui permet souvent la libération de prisonniers d’opinion oubliés dans les prisons de telle ou telle dictature. Comment ne pas évoquer tout ce travail discret mais bien réel des aumôniers et des équipes d’aumôneries aujourd’hui qui se relaient bénévolement pour visiter les prisonniers ou les malades dans les hôpitaux ? Et l’on pourrait multiplier les exemples… Oui, nous pouvons rendre grâce à Dieu pour tous ceux qui nous ont transmis et continuent de nous transmettre en acte et en parole la bonne nouvelle de l’Evangile…

 

Cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit, dit Jésus dans l’Evangile ; oui, c’est aujourd’hui qu’elle continue de s’accomplir de mille et une manières. Oui, soyons aujourd’hui ceux qui portent cette bonne nouvelle à tous nos frères… En participant à cette procession de la Saint Blaise, après la messe, prions pour être des témoins, des "transmetteurs" de l’amour de Dieu pour tous…

 

P. Louis-Marc Thomy,

curé de la paroisse Notre Dame de la Sagesse (Biot, Valbonne, Sophia-Antipolis)

Fête de St Blaise

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